Se croire privé de liberté

Presque tous les textes écrits ici en ont parlé, plus ou moins directement. Moins que plus. Aussi, le sujet sera maintenant abordé plus directement. Parce que les circonstances mènent à cela. Confinement, reconfinement, couvre-feu, toutes ces mesures exacerbent une tension déjà bien installée dans le corps et la psyché, et il est toujours utile de revoir le rôle des croyances dans le mode réactif propre à l’ego.

L’ego réagit. Réagir signifiant « agir de nouveau ». Répéter le geste, le comportement, perpétuer la croyance. L’ego fonctionne à partir du connu, de ce qui a déjà été expérimenté, croyant que le passé est garant de l’avenir. Que ce qui s’est passé d’une façon, se reproduira inévitablement de la même façon. Si on considère les choses en termes d’ouverture ou de fermeture, l’ego fonctionne en mode fermé la plupart du temps. Il s’enferme. À moins, bien sûr, que l’expérience passée ait été agréable… À ce moment, l’ego accueillera volontiers l’expérience. En faits, il cherchera même à la reproduire, dans des modes plus ou moins compulsifs. Dominé par le principe du plaisir, l’idée de s’instruire à partir de toutes les expériences, indépendamment de la couleur que l’on donne à celles-ci, ne l’effleure pas vraiment.

Parce qu’il est cru que ce qui est désagréable doit être fui, que la souffrance doit être évitée. Une autre croyance…

Le site web Wikipédia nous dit ceci au sujet de la croyance:

« La croyance est le processus mental expérimenté par une personne qui adhère à une thèse ou une hypothèse, de façon qu’elle les considère comme vérité, indépendamment des faits, ou de l’absence de faits, confirmant ou infirmant cette thèse ou cette hypothèse. Ainsi, les croyances sont souvent des certitudes sans preuve. »

Deux choses sont excessivement intéressantes ici. La première c’est que la croyance est un processus mental. La deuxième est que la croyance se base sur une thèse ou une hypothèse et non sur des preuves. Rappelons ici qu’un preuve est un fait qui sert à établir une vérité.

Un processus mental… L’ego croit à tort qu’il est le penseur et l’acteur. Il est donc normal qu’il considère la croyance comme une vérité, même s’il ne possède aucune preuve concrète en regard de la thèse et l’hypothèse à laquelle il a choisi d’adhérer. Parce qu’il y a eu un choix, même si celui-ci est souvent fait de façon inconsciente. Tout repose toujours sur le choix et s’il est une chose qui rend souvent l’humain très malheureux, c’est ce grand pouvoir de choisir qui lui a été donné. Parce qu’il ne sait pas quoi en faire la plupart du temps. Ne comprenant pas le fonctionnement global de l’Univers, les lois véritables qui régissent notre réalité, il utilise ce pouvoir à très mauvais escient, le centrant toujours autour de ses besoins et ses désirs dans l’immédiat. La vision du long terme est excessivement affectée par ses peurs, notamment sa peur de la mort. Croyant en un continuum espace-temps très limité, tous ses choix deviennent conditionnés par une urgence qui n’est absolument pas réelle.

Encore des croyances…

Les évènements actuels en sont une démonstration flagrante. Le besoin de liberté, qui est la caractéristique principale de l’Esprit, est aussi quelque chose qui n’est pas clairement compris par l’ego. Celui-ci le confond avec la liberté physique, la liberté de circuler, la liberté de s’exprimer, etc. Les libertés civiles quoi. Encore une fois, on croit en quelque chose qui n’est pas la réalité, quelque chose qui est compris tout de travers, à travers un champ perceptif rempli de faussetés qui sont prises pour des vérités ramenées à la perspective matérielle. Le corps et l’environnement extérieur.

La liberté est quelque chose de fondamental, c’est vrai. Mais la véritable liberté, c’est celle de l’Esprit. L’Esprit n’est pas enchaîné à la matière, n’est pas conditionné par le mental, de même qu’il n’est pas prisonnier des émotions et des expériences. Il s’instruit de tout ceci. Parce que l’Esprit est ce qui anime, ce qui insuffle la vie et amène le mouvement. Dans certaines traditions spirituelles, notamment le judaïsme, l’Esprit est aussi appelé le « Pneuma », le Souffle. Ainsi, votre mental, votre esprit, n’est pas VOTRE esprit. C’est l’Esprit, celui qui anime et vous donne la vie. Anime et insuffle TOUTE la vie. Jamais né, ne pouvant donc jamais mourir, il s’instruit de l’expérience humaine, de chacune des expériences humaines, et vous retourne une compréhension qui transite à travers l’écran de vos pensées. Le problème est que cet écran est complètement parasité de toutes vos croyances en d’autres choses. Des choses qui vous ont été inculquées et/ou transmises par d’autres personnes à 90% du temps.

Cet Esprit a besoin d’être libre. S’il ne l’est pas, vous êtes captif de votre propre schème de pensées, d’émotions non adressées et de croyances non validées. Vous êtes donc votre propre prison. En ce sens, on peut se croire privé de liberté, c’est une vérité. Mais ce n’est pas la société, ce ne sont pas les règles sanitaires ni la pandémie qui rendent malheureux. Ce sont l’attachement, l’appropriation ou l’importance qui est accordée à la petite personne, aux privilèges, au confort ou au souvenir de la vie « d’avant ».

Nelson Mandela a été emprisonné pendant 27 ans dans des conditions très difficiles. Au cours de sa peine, il a même refusé d’être libéré, pour demeurer en cohérence avec ses convictions. Non seulement, il est devenu Président de la République d’Afrique du Sud, mais il a été reconnu par tous comme un homme rempli de sagesse. Sa prison physique ne l’a pas empêché de se libérer de sa prison mentale, celle qui l’avait conduit à poser les actes de violence qui l’on conduit à son incarcération. Même si ceux-ci avaient été posés pour une noble cause, il a compris avec le temps qu’on ne parvient à rien avec la violence et la lutte et que c’est par la collaboration, la paix et le dialogue qu’on obtient les plus grands résultats. Il s’est instruit de la sagesse Ubuntu*, a médité sur celle-ci et s’est libéré de ses vieilles croyances.

Stephen Hawking souffrait de la SLA (sclérose latérale amyotrophique). Cette maladie est horrible, vous devenez littéralement prisonnier de votre corps. Graduellement, et généralement assez rapidement, le corps vous lâche, partie par partie. Mais vous demeurez lucide, parce que l’Esprit, ce n’est pas le corps. Vous n’êtes pas votre corps… Diagnostiqué dans la vingtaine, il a voulu s’enlever la vie, pour finalement se résigner à vivre les quelques années qu’on lui donnait à vivre. Or, il est décédé à 76 ans, ce qui relève d’un véritable miracle. Même s’il souffrait d’une variante à évolution lente de cette maladie, il demeure un petit miracle de la médecine. Il a été animé de ce Souffle de vie, ce Souffle de l’Esprit, tout le long de sa maladie, apportant même une contribution incroyable à la science moderne. Il a élaboré le théorème des singularités et étudié le phénomène des trous noirs durant de nombreuses années, découvrant que ceux-ci émettent un rayonnement qui est aujourd’hui reconnu et nommé le rayonnement de Hawking. C’était un Esprit libre et un formidable théoricien, malgré le fait qu’il devait être assisté d’une panoplie d’appareils pour le maintenir en vie et lui permettre de faire en sorte que son corps demeure au service de son Esprit…

Que sont les mesures sanitaires, le port du masque et les contraintes aux allées et venues quotidiennes en regard de ces deux exemples qui viennent d’être donnés? De quoi se plaint-on? Retournez en vous, sentez toute la vie qui palpite en vous, ce coeur qui bat de façon autonome, ces poumons qui respirent d’eux-mêmes. Dites-moi qu’il n’y a pas une puissance, une énergie de vie et une intelligence, là, dans tout votre être, qui ne sont pas beaucoup plus grands, beaucoup plus forts et surtout totalement en mesure de faire face à ce qui est vécu actuellement… Retournez-y et vous verrez qu’il y a aussi un très grand amour de la vie, de cette planète et du genre humain, ainsi qu’une très grande paix et une très grande assurance en regard des petite bourrasques qui sont actuellement traversées. Une sagesse aussi, qui sait que tout ceci n’est que passager. Que la forme, toutes les formes, que la matière, toute la matière, vivent et se perpétuent en cycles qui eux sont éternels. Que vous êtes éternels et que ce ne sont pas quelques mois, voir quelques années de privations qui changeront grand chose à tout ce qui vous reste à vivre et à expérimenter.

Comprenez bien, je ne vous parle pas ici de croyances spirituelles ou religieuses. Voyant poindre l’esprit sceptique qui invoquera que ce texte n’est qu’un ramassis d’autres croyances, je répète ce qui est répété dans chacun des textes 🙄. Je ne parle pas à partir de croyances mais toujours du vécu. Je ne véhicule pas une philosophie, n’adhère à aucune dogme particulier, bien que je sois en mesure de voir une certaine portion de vérité à travers chacun d’eux et que je les respecte tous. Du scientifique au spirituel, du philosophique à l’occulte, du religieux à l’ésotérique. Ils sont tous le reflet d’une compréhension partielle, d’une compréhension issue du passé.

Non, la non-dualité est d’abord une expérience transcendante et subjective qui prend place en vous. Avec de la patience, beaucoup d’abandon et de l’ouverture, elle peut devenir un vécu immanent et permanent. Un vécu de paix, d’amour et de silence. Un vécu hors du temps, de l’espace et de la forme. Mais pour cela il vous faudra abandonner vos croyances, toutes vos croyances. Les questionner continuellement. Votre esprit sceptique devra laisser place à un esprit critique. Critique de vous-même la plupart du temps… L’esprit sceptique peut croire qu’il est impossible de vivre un tel vécu, et juger de celui ou celle qui affirme vivre ainsi. En regard de ces croyances et ces jugements, ainsi que tous ceux que vous avez en faits, je ne peux rien faire. Le jour où vous l’expérimenterez, vous en tirerez vos conclusions et votre propre compréhension.

Mais souvenez-vous que dans l’instant, rien n’est à comprendre mais tout est à accueillir. La compréhension, quant à elle, vient généralement avec le passage du temps, dans le recul, la lucidité et le discernement. Elle vient de vous et en vous. Pas des autres.

Enfin. Si on revient maintenant au sujet principal de ce texte, il faut voir que les périodes, telles que celle qui est vécu actuellement, arrivent dans le cycle de la vie pour que vous fassiez cet exercice d’aller vous reconnecter à ce qui est essentiel dans vos vies, à ce qui est éternel en vous. C’est à cela que servent les périodes où on nous retire de l’action et de l’agitation.

Oui, c’est difficile, oui il y a ce besoin de chaleur humaine dont nous sommes privés. Oui, certains y perdront beaucoup financièrement et matériellement. Oui, c’est insécurisant, parce que nous ne savons plus trop où se situe la vérité. Oui, certains groupes souffrent davantage de toutes ces mesures, et certains mourront du virus. L’idée n’est pas de minimiser les difficultés. L’idée est de vous ramener à l’essentiel et de vous faire voir, que toutes les expériences sont sources d’apprentissages, même les plus horribles. Du temps où j’oeuvrais dans le domaine judiciaire, j’ai côtoyé des victimes qui m’ont soufflé de leur sagesse à savoir tirer le meilleur des drames qu’elles avaient vécus. Parce qu’elles avaient compris qu’elles étaient plus que cela. Plus que des victimes, plus que ce que leur agresseur avait vu en elles. Plus que ce qu’elles voyaient dans leur agresseur. Et les plus nobles d’entre elles finissaient même pas souhaiter une sentence axée sur la réhabilitation plutôt que sur la punition. C’est le pouvoir du pardon, ce pardon dont il a été question dans le dernier texte.

Ne soyez plus des victimes. Soyez des héros et des Esprits libres comme Nelson Mandela et Stephen Hawking. Puisez dans tout ce qu’il y a en vous.

La vérité se trouve en vous.

Les problèmes d’argent et de ressources matérielles finissent toujours par se régler. Pas nécessairement comme on le souhaiterait, mais on peut toujours recommencer. Regardez autour de vous, il existe une tonne d’histoires de gens riches qui ont fait faillite, se sont relevés et ont recommencé. On ne souhaite pas cela à personne, mais ça arrive. « Shit happens » comme dit l’expression anglophone.

Vous êtes rempli de chaleur humaine et de ressources. Vous êtes de petites étoiles, des mini centrales thermodynamiques remplies de lumière et d’amour. Vous n’avez pas besoin d’être aimé, même s’il est très agréable de l’être. Vous êtes amour… Voyez-le, ressentez-le dans votre coeur, dans vos tripes. Aimez-vous et vous aimerez un peu plus ce monde, cette société et ces autres que vous traitez de complotistes ou ceux que vous traitez de moutons, d’autruches ou de « moutruches ».

Vous jugerez un peu moins et serez un peu moins réactifs. Le jour où l’on cesse de croire qu’on est victime, on cesse aussi de vouloir obtenir justice pour tout et pour rien et de revendiquer continuellement. Le jour où l’on guérit de ses blessures, on voit la part de responsabilité qu’on a pris dans les évènements, on voit qu’on a tirer de grandes leçons de ceux-ci et l’on voit surtout que nous aussi on a blessé d’autres personnes. Par nos gestes, par nos mots, par nos silences et nos inactions également. Se placer en victime est le grand leurre, la grande fourberie de l’ego, un magnifique mécanisme de fuite. En sortir c’est grandir et devenir plus responsable. Et pardonner n’est que la conséquence naturelle de la maturité et de la lucidité. Mais il faut aussi en passer par là. Tant que les blessures n’ont pas été vues et adressées, c’est encore pire que de se placer en victime. C’est se croire au-dessus d’une vie où tout le monde a un jour ou l’autre été blessé. Où nous nous sommes tous blessés les uns les autres…

Croyances, croyances, croyances. Toujours et encore. Mais celles-ci sont comme les émotions. Des chaînes à défaire, une maille à la fois. La seule méthode pour y parvenir c’est de les questionner. Tout le temps, continuellement, dès qu’elles se présentent et qu’on les voit. D’où viennent-elles? Que nourrissent-elles en vous?

(…)

Voilà.

Alors, quelle conclusion à tirer de tout ceci?

Cessez de croire n’importe quoi, cessez de faire vos recherches partout, faites-les en vous. Ne vous questionnez pas sur tout et sur rien, remettez-vous en question.

C’est très différent.

Ensuite, croyez en vous, POUR VOUS. Pour vous bâtir une confiance, pour vous bâtir sur du solide. Pas pour les autres, un auditoire ou des likes sur les réseaux sociaux. Vous n’avez pas besoin de vous définir par les autres ou par ce monde, vous êtes le monde.

Quand vous tournez votre regard vers l’extérieur, en quête d’une réponse à un questionnement quelconque, vous oubliez qui vous êtes réellement et devenez l’ego, le personnage, le penseur, l’acteur. Vous oubliez également que les réponses sont en vous. Quand vous le tournez à l’intérieur, vous êtes tout, vous n’êtes rien de précis, mais toutes les potentialités sont là. Toute la sagesse, tout l’amour, toute la créativité et toute l’intelligence sont là.

Ils ne vous appartiennent pas, ils vous traversent. Le temps d’un moment, le temps d’un silence, le temps où vous cessez de courir partout et de bouger continuellement.

Dans ce moment où la vie vous force à arrêter et que vous pouvez devenir immobile.

Immobile en vous-même.

C’est là que la liberté se situe.

Cessez de croire que vous avez le droit d’être libre. C’est une croyance.

Vous êtes déjà libre.

Il vous suffit de le voir.

* Le mot Ubuntu, issu des langues bantoues du sud de l’Afrique, désigne une notion proche des concepts d’humanité et de fraternité. (Source: Wikipédia) Si vous désirez en lire davantage sur cette tradition, je vous recommande l’ouvrage suivant: Ubuntu, Je suis car tu es, leçons de sagesse africaine, par Mungi Ngomane (préface de Desmond Tutu), Harper Collins, 2019.

5 Comments on “Se croire privé de liberté”

  1. Je viens de le relire avec grand bonheur ton article, je le relirai encore car il ya beaucoup de choses à méditer, et que ton texte fourmille de graines.
    Lors de grandes méditations j’avais compris ce que tu décris par « Nous sommes Amour », et c’est vrai. Nous possédons ce potentiel énorme d’Amour, tous et toutes, et ce, indistinctement, même un terroriste le possède…
    Je t’embrasse
    Je repasserai, le texte est dense, et le propos très riche, du coup j’ai besoin de lire et relire 😉

    Aimé par 1 personne

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