Le barrage

Laissons la pression tomber un peu…

Laissons les rivières couler, les fleuves nous conduire à la mer, l’océan nous avaler.

Déposons-nous dans l’automne, faisons des anges dans les tas de feuilles mortes, regardons le ciel, les cortèges d’oies, de bernaches et de huards s’envoler vers des températures plus clémentes. Laissons les premiers flocons se déposer sur notre nez, mouiller nos joues et refroidir nos mains.

Ouvrons les digues, toutes les digues. Fracassons les barrières intérieures qui demeurent encore en nous, laissons le flot de la vie nous traverser et charroyer le littoral de nos rivières intérieures. Écumons nos lies personnelles, ces histoires auxquelles nous nous accrochons, ces rancoeurs qui noircissent nos coeur, tout ce qui nous empêche de nous déployer et de montrer le meilleur de nous-même.

Ne nous refusons rien, faisons-nous le plus beau des cadeaux: Celui d’être tel que nous sommes, celui d’accepter tous nos contrastes, tous nos états, toutes nos émotions. Laissons les larmes briller comme des diamants, se parer du givre de ce froid naissant, laissons-les se cristalliser sur nos joues, comme de magnifiques souvenirs de qui nous avons été, de ce à quoi nous nous sommes attachés. Ces larmes sont le reflet de ce qui était. Elles sont ce qui se transforme. Elles sont cette chenille qui devient papillon.

Laissons nos rires éclater comme des bulles de savon. Laissons leurs échos résonner sur les murs de nos doutes, laissons-les se moquer un peu de nous. Rions de nous, moquons-nous de tous ces drames que nous nous jouons dans nos imaginaires et nos projections. Faisons rire l’Univers avec tous ces projets que nous avons, toutes ces missions que nous nous donnons. Jouons aux dés et rions avec la vie, de cette prétention que nous avons de croire que nous pouvons gagner au jeu du destin. C’est un jeu, alors jouons!

Brisons nos moules, nos conventions, notre sérieux qui nous emprisonne et nous teinte de gris. Mélangeons les couleurs, barbouillons les tableaux de nos certitudes. Salissons-nous les mains de cette gouache, cette grogne environnante. Cette colère refoulée. Cette boue qui est là et dont nous ne savons plus quoi faire. Éloignons-nous de nos écrans et masquons-les de tout ce noir et cette fureur qui moisissent là, tout à l’intérieur de nous depuis des lunes. Devenons des virtuoses du non-virtuel, des musiciens du silence, des artistes de la tolérance. Cessons de vomir à tous vents notre haine, notre colère refoulée. Voyons ce que nous charroyons d’un passé que nous refoulons, que nous emprisonnons et endiguons en nous depuis si longtemps que nous nous sommes coupés, séparés. Séparés de nous, séparés des autres. À un point que nous avons oublié comment aimer. Comment nous aimer, comment aimer cet autre, cet humain, ce frère et cette soeur d’ADN. Prenons tout ceci à bras le corps avec notre intelligence et notre amour. Exprimons l’indicible. Nommons, dans le calme et la lucidité, ce qui doit être dit et nommé pour que nous puissions enfin transformer tout ceci et passer à d’autre chose.

Transmutons toute la colère, la haine et le ressentiment qui nous habite en quelque chose de plus beau et de plus noble.

Rien ne doit être rejeté, rien ne doit être refoulé, rien ne doit être condamné. Tout doit être vu, accueilli, pardonné. Tout doit être transformé.

Mais pour cela, le barrage doit un jour être ouvert, la pression doit pouvoir tomber un peu. Parce que pour unifier, il faut cesser de diviser. Il faut voir les murs et les barrages qui nous séparent, les émotions qui nous éloignent et les pensées qui nous isolent. Nous isolent de nous-même et nous coupent des autres.

Un barrage détourne le cours d’une rivière. Cela peut fonctionner un moment, dans une perspective humaine, avec un objectif précis. Mais la nature c’est fort, c’est puissant. Le barrage devra être entretenu, à beaucoup de frais, le niveau d’eau judicieusement surveillé et contrôlé, bref c’est beaucoup de surveillance et de coûts. Et si cela fonctionne pour une rivière, il en est autrement pour le flot de la vie en nous, un flot qui veut vivre, se connaître et se déployer.

Détruisez les barrages en vous, faites tomber les digues, laissez ce merveilleux navire qu’est votre être, découvrir les écluses intérieures que vous vous êtes construites. Laissez ce navire vous conduire plus loin que celles-ci, jusqu’à l’océan. À cette mer infinie de paix, de douceur et d’amour qui coule à l’intérieur de vous, à l’intérieur de chacun de nous. Un océan auquel nous appartenons tous et toutes et auquel une partie de vous ne demande qu’à s’abandonner.

Votre navire ne veut pas que voguer sur l’océan, il veut devenir une vague dans l’océan et se mêler aux autres vagues. Dans un mouvement plus grand, plus large où il est impossible de construire des barrages et des digues.

L’hiver approche. Avant que l’eau ne fige et circule moins bien, que la lenteur nous envahisse et le froid nous engourdisse, c’est le temps. Le temps d’ouvrir le barrage, de relâcher cette pression intérieure qui ne fait qu’augmenter à l’heure actuelle. Voyez de quoi elle est constituée en vous, et abandonnez-vous un peu. Permettez-vous de laisser la vie couler un peu plus harmonieusement en vous. Écoutez un peu plus votre corps et un peu moins votre tête. C’est là que la vie se trouve: en bas. Pas en haut.

🍁🍂🦆

Un avis sur “Le barrage

  1. A reblogué ceci sur AndreeBoulay Bloget a ajouté:
    « Laissons la pression tomber un peu…

    Laissons les rivières couler, les fleuves nous conduire à la mer, l’océan nous avaler.

    Déposons-nous dans l’automne, faisons des anges dans les tas de feuilles mortes, regardons le ciel, les cortèges d’oies, de bernaches et de huards s’envoler vers des températures plus clémentes. Laissons les premiers flocons se déposer sur notre nez, mouiller nos joues et refroidir nos mains.

    Ouvrons les digues, toutes les digues. Fracassons les barrières intérieures qui demeurent encore en nous, laissons le flot de la vie nous traverser et charroyer le littoral de nos rivières intérieures. Écumons nos lies personnelles, ces histoires auxquelles nous nous accrochons, ces rancoeurs qui noircissent nos coeur, tout ce qui nous empêche de nous déployer et de montrer le meilleur de nous-même… »

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :